Libre évolution | un colloque contre les pompiers bientôt à l’Assemblée
Un colloque s’apprête à ériger le non-agir forestier en politique publique — au moment précis où pompiers et forestiers tirent des mégafeux de l’été la leçon contraire.
Chers amis,
La radicalité ne commence pas toujours par un acte. Souvent, elle commence par un mot.
Avant de bloquer une machine ou d’entraver un chantier, les mouvements militants imposent d’abord leur vocabulaire — un concept, une formule qui reformate insensiblement la façon dont nous percevons le réel. S’intéresser aux radicalités, ce n’est donc pas seulement recenser des violences ou des blocages : c’est surveiller ces signaux faibles, ces glissements de langage, ces imaginaires qui se déplacent bien avant de se traduire en contestations, en sabotages ou en lois.
Cette semaine, la Lettre des radicalités en suit un à la trace : la “libre évolution”
Alors que les mégafeux de l’été ne sont pas terminés, un colloque se tiendra le 30 septembre prochain au Palais Bourbon pour imposer la « libre évolution » — cette doctrine du non-agir — en politique publique. Au moment précis où pompiers et forestiers tirent des flammes la leçon exactement inverse.
Derrière un mot d’apparence anodine, c’est une bataille d’imaginaires qui se joue — et peut-être, demain, une bataille de lois et des affrontements avec des activistes.
Bonne lecture,
Olivier Vial
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Libre évolution | un colloque contre les pompiers bientôt à l’Assemblée
Les cendres à peine froides, un colloque au Palais Bourbon s’apprête à ériger le non-agir forestier en politique publique — au moment précis où pompiers et forestiers tirent des mégafeux de l’été la leçon inverse.
Les cendres des mégafeux de l’été n’ont pas encore refroidi que la contestation s’organise — non pas contre les pyromanes, mais contre les leçons et les conseils des pompiers.
À peine les incendies fixés, trente-deux associations écologistes lançaient l’offensive dans une tribune publiée le 4 août 2026 : elles y qualifiaient par avance de
« ni acceptable, ni raisonnable » l’idée même de bandes pare-feu élargies, dénonçaient la tentation d’un « discours anti-friche » et s’inquiétaient que la lutte contre les incendies ne débouche sur une artificialisation supplémentaire des lisières forestières. Elles allaient jusqu’à écrire que, dans la forêt de Fontainebleau, « les conséquences des pistes créées par des bulldozers pour faciliter l’accès des services de secours seront beaucoup plus difficiles à cicatriser que le feu lui-même dans de nombreux secteurs ». Sic.
Au même moment, les syndicats de la filière bois documentaient des chantiers de débroussaillage bloqués « sous la pression des écolos », comme à Saint-Jacut-les-Pins dans le Morbihan, où un abattage pourtant voté en conseil municipal a fini par être abandonné après l’intervention de militants ayant entravé les machines.
C’est dans ce rapport de force que s’inscrit le colloque « La libre évolution, pour repenser notre rapport au vivant », organisé le 30 septembre au Palais Bourbon par la députée socialiste de l’Orne Chantal Jourdan, la Coordination Libre Évolution (CLÉ) et l’association Convergence Animaux Politique (CAP). L’événement ne se contente pas de défendre un concept écologique parmi d’autres : il offre une caisse de résonance parlementaire à une doctrine qui, sur le terrain, entre en collision frontale avec les mesures de bon sens que pompiers et forestiers tirent, semaine après semaine, des mégafeux de l’été 2026. Éteindre, débroussailler, ouvrir des accès aux secours : ces gestes, la doctrine de la « libre évolution » les récuse par principe.
Une doctrine du retrait absolu, portée par un réseau militant structuré
La libre évolution se définit, selon le Comité français de l’UICN, comme « un lieu où la nature s’exprime de façon spontanée sans activité humaine extractive ou intrusive ». Concrètement : pas de chasse, pas de gestion des forêts, pas de contrôle des espèces, pas de gestion des dynamiques naturelles — feux compris.
Le colloque du 30 septembre s’inscrit dans une stratégie de plaidoyer construite depuis 2020. La Coordination Libre Évolution a été fondée en octobre de cette année-là par quatre associations : l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages), Forêts Sauvages, l’Association Francis Hallé pour la Forêt Primaire, et Animal Cross, qui en assure l’animation opérationnelle. Le collectif s’est ensuite élargi à des structures régionales comme FNE Auvergne-Rhône-Alpes, FNE Midi-Pyrénées, Bretagne Vivante, Alsace Nature, Mille Traces ou FERUS. La CLÉ revendique un objectif chiffré et martelé dans chacune de ses communications : porter à 10 % du territoire métropolitain la part de surfaces placées sous ce régime d’ici 2030, contre 0,6 % aujourd’hui selon ses propres estimations. Le slogan choisi lors de sa journée de sensibilisation à l’Académie du Climat, le 17 octobre 2025, résume sans ambiguïté la philosophie du mouvement : « Foutons la paix à la nature ! »
Le second co-organisateur du colloque, Convergence Animaux Politique, illustre une évolution plus large de l’écosystème militant : le passage de la sensibilisation au lobbying professionnalisé. Fondée en 2017 par Melvin Josse, ancien cofondateur du Parti animaliste, CAP se définit elle-même comme le premier cabinet de lobbying dédié à la protection animale en France. La structure fédère un réseau de vingt-cinq ONG partenaires, parmi lesquelles l’ASPAS elle-même, la Fédération des luttes anticorrida ou le Réseau Cétacés. Son bilan revendiqué après huit ans d’activité : environ 400 rendez-vous politiques, 48 propositions de loi soutenues et plusieurs textes votés. CAP revendique une méthode de « plaidoyer stratégique » consistant à « créer des opportunités législatives » en resserrant les liens entre associations et parlementaires, tous partis confondus. En s’associant au colloque du 30 septembre, CAP applique à la libre évolution la même grammaire d’influence qui lui a déjà permis de faire adopter plusieurs textes sur le bien-être animal : mobiliser un cercle d’élus favorables, structurer un argumentaire clé en main, et transformer une position militante en proposition normative discutée au Parlement.
Restauration et réensauvagement : deux conceptions de la nature, non deux degrés d’attachement à elle
Il faut ici dissiper un procédé rhétorique récurrent chez les partisans du réensauvagement, qui consiste à présenter leurs contradicteurs — forestiers, gestionnaires d’espaces naturels, scientifiques de la restauration — comme des adversaires de la nature elle-même, au motif qu’ils défendraient une intervention humaine continue. Cette opposition est un contresens. Les deux courants partagent le même diagnostic sur l’urgence de réparer des écosystèmes dégradés ; ils divergent sur la méthode et sur la place qu’ils accordent à l’homme dans cette réparation — pas sur l’objectif de protéger le vivant.
D’un côté, les forestiers plaident pour la « restauration » ; de l’autre, les activistes pour le « réensauvagement ».
Quatre chercheurs de l’université d’Avignon rattachés au CNRS — Thierry Dutoit, Clémentine Mutillod, Élise Buisson et Laurent Tatin — ont publié en mars 2024 dans The Conversation une synthèse fondée sur la lecture intégrale de 215 articles scientifiques internationaux consacrés à ces deux notions. Leur travail établit que la restauration écologique et le réensauvagement partagent une origine commune — tous deux nés aux États-Unis, tous deux animés par une volonté de retour vers un état moins dégradé du vivant — mais diffèrent radicalement dans leurs méthodes, leurs finalités et leur rapport à l’intervention humaine. (Pour en savoir plus, vous pouvez vous reporter au chapitre 8 du livre que j’ai co-écrit avec le Dr. Romain Lasseur, La guerre contre les espèces invasives aura-t-elle lieu ?)
La restauration écologique se définit comme « le processus d’aide au rétablissement d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit tout en prenant en compte son intégrité écologique ». Née en 1935 sous l’impulsion d’Aldo Leopold à l’université du Wisconsin pour répondre aux tempêtes de poussière du Dust Bowl, elle vise un écosystème de référence identifié et un objectif explicite et mesurable — par exemple la richesse en espèces locales d’une prairie. Elle mobilise des techniques parfois lourdes de génie civil : les chercheurs citent l’exemple de la plaine de Crau, dans les Bouches-du-Rhône, où plusieurs millions d’euros ont été investis pour dépolluer une zone touchée par une fuite d’oléoduc et convertir un ancien verger intensif, avec excavation et transfert de dizaines de milliers de tonnes de sol. Cette approche peut également réintroduire des systèmes de gestion mimant des pratiques traditionnelles — pâturage, fauchage, voire incendies contrôlés — qui ont historiquement façonné les paysages ouverts européens.
Le réensauvagement, lui, est apparu à la fin des années 1990. Il est défini par une équipe de chercheurs anglo-saxons, en 2021, comme « le processus de reconstruction d’un écosystème naturel après arrêt des perturbations humaines, en restaurant ses fonctions et chaînes alimentaires afin qu’il redevienne autonome et résilient ». Contrairement à la restauration, il ne fixe pas d’objectif totalement défini et privilégie une approche descendante, réintroduisant des prédateurs ou de grands herbivores en réduisant au maximum l’implication humaine dans leur gestion future.
Les chercheurs identifient une différence sociologique majeure entre les deux courants : la restauration écologique est portée principalement par le monde académique, intégrée aux dispositifs légaux de protection de la nature en France, tandis que le réensauvagement est porté surtout par le monde associatif et militant, avec des liens plus distendus avec la recherche. C’est précisément cette différence de porteurs qui éclaire la nature du colloque du 30 septembre : il ne réunit pas des laboratoires de recherche, mais des associations de plaidoyer.
Sur le terrain de l’efficacité, la nuance apportée par les chercheurs d’Avignon est capitale. Les méta-analyses conduites depuis les années 2000 sur des centaines d’opérations de restauration écologique montrent des impacts « en majorité significativement positifs sur la biodiversité par rapport aux états dégradés ». Le succès du réensauvagement, en revanche, reste « beaucoup plus difficile à quantifier ».
Cette absence de données comparatives solides n’a pourtant pas empêché la CLÉ de bâtir sur ce concept un objectif politique précis et daté — 10 % du territoire en 2030 — sans attendre que la littérature scientifique ait tranché la question de ses effets sur la résilience réelle des écosystèmes face, notamment, au risque incendie. Or c’est précisément cette doctrine, la moins étayée des deux, que le colloque du 30 septembre s’apprête à porter dans l’hémicycle.
Le procès permanent de la gestion forestière
Le 24 juillet 2026, dans une tribune publiée sur FigaroVox, le viticulteur et sylviculteur girondin Yves d’Amécourt résumait d’une phrase le fossé qui sépare doctrine militante et contrainte opérationnelle : « Les flammes ne lisent pas le code de l’environnement. Elles se nourrissent de nos renoncements. » Le constat est corroboré par les chiffres : un rapport sénatorial de 2022 estimait que seules 30 % des obligations légales de débroussaillement (OLD) étaient effectivement réalisées, et l’amende théorique de 50 euros par mètre carré pour non-conformité reste, selon l’Association des maires de France, largement inappliquée.
Le blocage n’est pas seulement militant ; il est devenu juridique, comme le note l’article de Stéphane Kovacs dans le Figaro. L’arrêté du 29 mars 2024 avait tenté d’établir une présomption de conformité entre débroussaillement et protection des espèces protégées. Le Conseil d’État l’a partiellement invalidé le 6 février 2026, jugeant qu’une dérogation reste nécessaire dès qu’un risque est « caractérisé » — remettant de fait chaque chantier d’entretien sous la menace d’un contentieux environnemental. Le Syndicat des exploitants de la filière bois pointe une contradiction devenue structurelle : l’article L. 411-1 du code de l’environnement, qui transpose deux directives européennes sur les habitats et les oiseaux, assimile pratiquement tout chantier forestier à une menace pour la biodiversité du 15 mars au 15 août — précisément la période où les besoins de prévention incendie sont les plus critiques. Un exploitant de Loire-Atlantique le résume sans détour : entre les sols trop humides en hiver et la nidification à partir de mars, « il ne nous reste que trois mois pour travailler ».
Cette paralysie administrative a un pendant sur le terrain : celui d’un rapport de force où, selon Yves d’Amécourt, « les professionnels ont souvent le sentiment que l’administration contrôle davantage ceux qui travaillent légalement que ceux qui mettent réellement les forêts en danger ». Il cite les rave-parties organisées illégalement en forêt en pleine période estivale, qui échappent largement à la fermeté administrative réservée aux forestiers en règle.
La tribune inter-associations sur Fontainebleau illustre, à front renversé, la même défiance envers l’action humaine : elle réclame l’arrêt de « toute nouvelle infrastructure au sein ou à proximité des forêts », juge la création de pistes de défense des forêts contre l’incendie (DFCI) plus dommageable que le feu lui-même dans certains secteurs, et met en garde contre des « réponses à l’emporte-pièce » face à la catastrophe. C’est cette philosophie du retrait, de la « libre évolution » que le colloque du 30 septembre viendra ériger en modèle, au sein de l’Assemblée.
Lutter contre le feu : l’écologie la plus efficace qui soit
Le débat gagnerait à rappeler une évidence que la doctrine du non-agir occulte : la lutte contre les mégafeux est sans doute l’action écologique la plus efficace qui soit, tant pour le climat que pour la biodiversité. Un incendie de grande ampleur n’est pas un épisode neutre dans le cycle du vivant ; c’est l’une des plus massives sources d’émission de carbone et l’un des plus brutaux destructeurs d’habitats.
Un seul chiffre suffit à mesurer l’enjeu. Les mégafeux qui ont ravagé le Canada en 2023 ont relâché environ trois milliards de tonnes de CO2 — soit, selon le World Resources Institute et son initiative Global Forest Watch, près de quatre fois les émissions annuelles de l’ensemble du trafic aérien mondial. L’étude publiée dans Nature en août 2024 évalue ces émissions à 647 mégatonnes de carbone, un volume comparable aux émissions annuelles de combustibles fossiles de l’Inde, et supérieur à celui de sept des dix plus gros émetteurs de la planète. Autant dire qu’une seule saison de feux non maîtrisés peut anéantir, en quelques semaines, l’équivalent de plusieurs années d’efforts de décarbonation.
L’objection selon laquelle les forêts finiront par repousser et réabsorber ce carbone ne tient pas l’épreuve du calendrier : il faudra des décennies à ces massifs pour récupérer ce qu’un été a libéré, quand l’urgence climatique se joue, elle, sur la prochaine décennie. Et rien ne garantit cette repousse à mesure que les feux gagnent en fréquence et en intensité.
Le bilan pour la biodiversité est du même ordre. Un mégafeu ne « régénère » pas un écosystème riche : il carbonise indistinctement la faune du sol, les insectes, les oiseaux au nid, les mammifères incapables de fuir assez vite — des millions d’animaux périssent dans les flammes ou l’asphyxie, sans parler des habitats détruits pour une génération. Opposer la protection de quelques hectares de lisière au débroussaillage, c’est accepter d’en voir partir des milliers en fumée. La comparaison est sans appel : défricher une bande pare-feu, ouvrir une piste d’accès aux secours, entretenir un sous-bois, ce sont là des gestes infiniment moins coûteux pour le vivant que de laisser brûler la forêt entière. La véritable mesure écologique, ce n’est pas le non-agir ; c’est le feu évité.
Le paradoxe des Béorlots
L’épisode le plus révélateur de ce décalage s’est joué dans le massif même de Fontainebleau. La réserve biologique intégrale des Béorlots, classée en libre évolution depuis plus de 150 ans, a été directement traversée par l’incendie de juillet 2026, qui a ravagé environ 2 000 hectares du massif, soit 10 % de sa surface totale. Interrogée par Le Monde, la directrice de l’agence Île-de-France Est de l’Office national des forêts évoquait une combinaison de végétation sèche et de sols sableux ne retenant pas l’eau, aggravée par la canicule.
Un seul cas ne prouve évidemment pas que la « libre évolution » échoue partout et toujours — et il faut se garder de généraliser à partir d’un incendie isolé. Mais il suffit à ruiner une prétention précise de la CLÉ : celle selon laquelle les milieux « naturels » seraient structurellement « plus sûrs et plus stables que les milieux artificialisés ». L’espace précisément conçu pour incarner la résilience spontanée de la nature laissée à elle-même n’a offert aucune résistance particulière aux flammes. La libre évolution ne dispense pas du risque incendie : elle l’ignore. Et c’est cette résilience supposée que les organisateurs du 30 septembre viendront célébrer, à l’heure même où le massif-symbole de leur doctrine achève de refroidir.
Ce que ce glissement doctrinal permet d’anticiper
Ce qui se joue au Palais Bourbon le 30 septembre dépasse la seule question forestière.
Le concept de libre évolution, dont l’audience n’a cessé de s’élargir depuis quelques années, prône un retrait humain absolu et le refus de tout compromis gestionnaire. On y retrouve trois mécanismes déjà repérés dans d’autres mouvances contemporaines
Le premier est l’absolutisation du principe de précaution, déjà documentée à propos du nucléaire, des PFAS ou des pesticides (cf. note du CERU sur le sujet) : transformer un outil de gestion proportionnée du risque en principe d’inaction généralisée, où le doute — même faible — impose l’arrêt de toute intervention humaine. Appliqué à la forêt, ce réflexe conduit à traiter tout débroussaillage comme une atteinte présumée à la biodiversité, indépendamment du bilan réel entre le risque incendie évité et l’habitat ponctuellement perturbé — un bilan qui, on l’a vu, penche massivement du côté de l’action.
Le deuxième est la défiance systématique envers l’expertise gestionnaire et scientifique, au profit de savoirs jugés plus authentiques parce que militants. On retrouve ici un schéma déjà identifié chez d’autres activistes : disqualifier a priori le discours des professionnels — forestiers, pompiers, ONF — en les rangeant du côté du « technosolutionnisme » ou du « gestionnarisme », pour leur substituer une parole associative présentée comme plus légitime parce que plus proche du vivant. Or, comme le montre l’étude d’Avignon, c’est bien la restauration écologique — la démarche assumant la responsabilité humaine et fixant des objectifs mesurables — qui dispose aujourd’hui du corpus de preuves le plus solide, tandis que le réensauvagement en est encore au stade de la conviction plus que de la démonstration.
Le troisième tient à la professionnalisation croissante du plaidoyer, qui ne se contente plus de sensibiliser mais structure méthodiquement l’accès aux décideurs. Le partenariat entre la CLÉ et Convergence Animaux Politique en est l’exemple topique : un cabinet de lobbying revendiquant ouvertement sa méthode — « identifier et créer des opportunités législatives » — met son savoir-faire, éprouvé sur des textes relatifs au bien-être animal, au service d’un objectif de politique publique bien plus vaste : 10 % du territoire national.
Repérer ce triptyque — précaution absolutisée, défiance envers l’expertise, lobbying institutionnalisé — permet d’anticiper la suite. Il y a fort à parier que le colloque du 30 septembre ne se limitera pas à un exercice de sensibilisation : fort de la méthode CAP déjà éprouvée sur 48 propositions de loi, il servira de point d’appui pour porter, dans l’hémicycle, des propositions visant à sécuriser juridiquement l’extension des zones de libre évolution — précisément au moment où l’exécutif et les collectivités chercheront, eux, à renforcer les prérogatives de gestion active pour prévenir de nouveaux mégafeux.
Un arbitrage politique inévitable
La confrontation à venir se jouera très concrètement sur le terrain juridique. D’un côté, des voix comme celle de David Lisnard réclament de « sécuriser juridiquement les propriétaires » et de « consolider par la loi la présomption de conformité » entre débroussaillement et protection des espèces. De l’autre, la mouvance de la libre évolution, désormais dotée d’un relais de lobbying professionnel et d’une tribune parlementaire, pousse pour une inscription renforcée de la « pleine naturalité » dans la stratégie nationale des aires protégées 2020-2030, quitte à geler davantage l’intervention humaine sur des surfaces croissantes.
La vraie question n’est pas de savoir s’il faut des zones de libre évolution, mais lesquelles, où, et sous quelles conditions climatiques. Les chercheurs eux-mêmes plaident non pour un choix exclusif, mais pour une complémentarité entre les deux approches selon le contexte écologique local. Un débat purement binaire — tout gérer contre ne rien gérer — passerait à côté de l’essentiel : dans quelles conditions précises un non-agir reste tenable, et où il devient, au contraire, un facteur aggravant.
Mais l’histoire récente de Fontainebleau tranche au moins un point. Face à des étés qui transforment les massifs en poudrières, le geste des pompiers et des forestiers n’est pas une agression contre la nature : c’est la plus efficace des politiques écologiques. C’est cette évidence que le colloque du 30 septembre, rodé aux arcanes du lobbying parlementaire, risque fort d’éluder — au profit d’une doctrine déjà écrite avant même que les braises ne soient éteintes.
Agenda radical
20 septembre - Manifestation contre “le permis de tuer”
https://stopauxviolencesdetat.fr/actions/permis-de-tuer
3 octobre 2026 | Les Soulèvements de la terre annoncent une action internationale “Désarmons l’industrie des pesticides”
Voici le teaser de leur mobilisation
Merci pour l’intérêt que vous portez à cette lettre et aux nouvelles formes de contestation qui traversent notre pays.
Olivier Vial









En lisant l’article, on comprend mieux les enjeux. D’un côté des professionnels « de la nature »formés et enrichis par un travail universitaire et de l’autre des associations n’ayant comme boussole que « la libre évolution ».
Pourtant chacun s’entend à préserver la nature.
N’y aurait t’il pas un consensus à trouver ?
On vit dans un monde de fous! Ce positionnement radical des écologistes est dangereux, c'est le monde à l'envers!