Veillée d'armes radicale
Eurosatory, G7 d'Évian, sabotages antimilitaristes, adolescents recrutés par la Russie et l'Iran : un week-end et une semaine à haut risque.
Chers amis,
Cette lettre paraît à un moment particulièrement tendu. Ce week-end et la semaine qui s’ouvre constituent une sorte de veillée d’armes pour les mouvances radicales.
Deux événements majeurs sont susceptibles de cristalliser les tensions et de donner lieu à des mobilisations — voire à des débordements.
À Paris et en Seine-Saint-Denis d’abord, la coalition Guerre à la Guerre — qui rassemble les Soulèvements de la Terre, des mouvements antimilitaristes, antifascistes et féministes décoloniaux — a appelé à quatre jours d’actions contre le salon Eurosatory, premier salon mondial de l’armement, qui se tient du 15 au 19 juin à Villepinte. Dès cet après-midi à Paris, puis samedi 13 juin à Saint-Denis où un village anti-guerre sera installé, dimanche 14 juin avec une « Pride radicale anti-guerre » dans Paris, et lundi 15 juin devant l’entrée du parc des expositions de Villepinte dès 9h, les organisations appellent à « s’opposer à l’ouverture du salon ». Dans ce contexte, les quatre sabotages contre des infrastructures industrielles et énergétiques recensés entre le 1er et le 10 juin dans le sud-est de la France ressemblent moins à des coïncidences qu’à une mise en condition.
Simultanément, le sommet du G7 d’Évian (15–17 juin) mobilise un dispositif de sécurité exceptionnel : 7 160 policiers, 6 100 gendarmes, 900 militaires et 830 douaniers côté français, auxquels s’ajoutent jusqu’à 5 000 soldats suisses en appui des polices cantonales de Genève, Vaud et Valais. Les autorités veulent éviter la répétition des violences du sommet du G8 de 2003, également tenu à Évian. Le risque de débordements demeure réel : une grande manifestation internationale est autorisée à Genève le 14 juin (départ parc Mon Repos, 15h), à l’initiative de la coalition No-G7, qui fusionne cette année avec la grève féministe nationale suisse pour former un cortège de 50 organisations.
Mais je revient également dans cette lettre sur une enquête du Financial Times qui décrit comment la Russie et l’Iran ciblent et recrutent des adolescents européens pour mener des actions de déstabilisation, de désinformation, et de sabotage sur notre sol.
Je vous parlerai aussi des sabotages qui, depuis quelques mois, visent le sport de plein air — et enfin, nous évoquerons le cas Ghislain B., ce papy terroriste qui a 85 ans avait déposé une bombe dans un MacDo.
Bonne lecture,
Olivier
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En bref
Sabotages contre l’industrie de défense et l’énergie : une offensive antimilitariste coordonnée
En dix jours, du 1er au 10 juin 2026, quatre actes de sabotage ou d’incendie criminel ont visé des infrastructures énergétiques et industrielles dans le sud-est de la France.
Le 1er juin à Grenoble, un véhicule d’Equans — filiale de Bouygues active dans le nucléaire — est incendié. Le 2 juin à Froges (Isère), des pylônes haute tension alimentant les usines STMicroelectronics et Soitec sont attaqués à la scie, avec pour revendication explicite : « De l’eau et des étoiles, pas des puces et du nucléaire. » Le 3 juin à Rousset (Bouches-du-Rhône), c’est le transformateur électrique d’une zone industrielle de microélectronique qui est mis hors service après découpe du grillage. Le 5 juin à Marseille, un incendie est revendiqué contre Eurolinks, entreprise du secteur de l’armement.
Sur quatre actes recensés, trois ont été revendiqués. Deux secteurs sont systématiquement ciblés : l’énergie et l’industrie de défense.
Le contexte n’est pas anodin : ces actions s’inscrivent dans une dynamique antimilitariste délibérément calée sur l’approche du salon Eurosatory (15–19 juin, Villepinte), premier salon mondial de la défense, et du sommet du G7 à Évian.
L’Iran et la Russie cibleraient des adolescents occidentaux pour mener des actions de déstabilisation sur notre sol
Une enquête du Financial Times publiée le 5 juin 2026 a révélé comment la Russie, l’Iran et, dans une moindre mesure, la Chine recrutent des adolescents européens via les réseaux sociaux et les jeux en ligne pour des opérations de renseignement, de sabotage et de désinformation. Au cœur de ce dispositif, un procédé de « gamification » qui reprend point par point ce que l’on peut décrire, dans le champ de l’activisme radical, comme un véritable « escalier de la radicalité » : une montée marche par marche vers des actes de plus en plus graves et risqués.
Selon le Financial Times, le schéma est désormais bien rodé. Tout commence sur Telegram, TikTok, Discord ou dans des communautés de gamers, où des recruteurs approchent des adolescents à travers des « défis » ou des « missions » présentés comme un jeu, assortis de micro‑rémunérations en cryptomonnaies.
Les premières tâches sont banales : photographier un bâtiment, relever des coordonnées GPS, coller des affiches, taguer un slogan politique. L’adolescent a le sentiment de participer à une quête virtuelle, excitante, sans impact réel. Mais une fois cette première marche franchie, les demandes évoluent : repérage de commissariats, surveillance de sites militaires, incendies ciblés d’équipements ou dégradations d’infrastructures ferroviaires. Le saut dans la gravité pénale existe, mais il est lissé par la continuité du jeu.
C’est précisément ce mécanisme que décrit Franck DeCloquement, spécialiste des questions de renseignement et de guerre hybride, dans l’entretien qu’il accorde à Atlantico. Pour lui, on assiste à une « escalade comportementale » structurée, très proche des techniques de radicalisation djihadiste : engagement progressif (« on commence petit »), désensibilisation morale (chaque palier rend le suivant plus acceptable) et construction d’une « identité de mission » qui fait basculer le jeune dans un rôle d’agent, réel ou fantasmé.
DeCloquement rappelle que ces méthodes sont bien connues des psychologues sociaux : une fois qu’un individu a accepté une première transgression, il tend à rationaliser son acte et devient plus disposé à en accepter une seconde, plus grave. C’est le cœur de l’« escalier de la radicalité » : chaque marche crée les conditions d’acceptation de la suivante.
Emmanuel Lincot, sinologue et géopoliticien, replace cette dynamique dans une stratégie plus large de « sharp power » menée par la Russie, la Chine et l’Iran.
Ces régimes ont parfaitement identifié les fragilités identitaires de la jeunesse occidentale : anonymat, manque de reconnaissance, sentiment d’inutilité sociale.
Ces jeunes n’ont généralement aucune connexion préalable avec la Russie ou l’Iran, sont recrutés pour leur vulnérabilité économique, leur compétence technique ou leur quête de reconnaissance, et ignorent souvent que leurs actions s’inscrivent dans une opération pilotée par un service de renseignement étranger.
Ces jeunes souvent isolés, persuadés de ne pas compter, se voient proposer une succession de missions qui donnent un sens, une identité, parfois l’ivresse de « vivre dangereusement » plutôt que de survivre. La montée en gamme des actes illégaux est d’autant plus facile, pour eux, que le chemin est jalonné de récompenses symboliques (être « choisi », intégré dans un canal secret) et matérielles (versements en cryptomonnaies).
Des « agents jetables » au service du déni plausible
Pour les services européens, ces mineurs deviennent des « agents jetables » : facilement remplaçables, peu coûteux, et surtout idéologiquement vides, ce qui permet aux États commanditaires de rester en dessous du seuil de la guerre ouverte. La logique stratégique est celle de la « déniabilité plausible » : en externalisant le risque opérationnel sur des proxies adolescents, la Russie, l’Iran et, dans une autre temporalité, la Chine, brouillent la frontière entre délinquance juvénile, criminalité en ligne et opération clandestine d’État.
Pour DeCloquement, cette stratégie ressemble à celle du « gambit » aux échecs : savoir sacrifier des pions — ici des jeunes recrues — pour obtenir un avantage stratégique , en l’occurrence la capacité de frapper, intimider ou saboter sans assumer politiquement la responsabilité de l’attaque.
C’est ainsi que les fragilités de nos adolescents peuvent être transformées en vecteurs opérationnels d’une nouvelle forme de guerre hybride brouillant toutes les frontières entre jeu, militantisme, délinquance et action clandestine d’État.
Trails, triathlons : le sport de plein air dans le viseur des saboteurs
En l’espace de deux semaines, quatre événements sportifs en France et en Europe ont été victimes d’actes de sabotage. Une tendance préoccupante.
Tout commence fin mai dans les Pyrénées. Lors de la préparation du Trail du Hautacam, l’association organisatrice « La Ronde des Bualas » découvre qu’une partie du balisage des parcours de 24 et 45 km a été délibérément détruit : des poteaux arrachés, jetés, parfois brûlés, des plaquettes indicatives enlevées. « Ce n’est pas la première fois qu’il y a des dégradations, confirme Didier Nogué, le président de l’association. Mais là, cela ressemble clairement à du sabotage. C’est désespérant. »
Les auteurs n’ont pas été identifiés — peut-être des riverains hostiles à la pratique du trail, peut-être des « écologistes » estimant que ces panneaux n’ont pas leur place en montagne. Dans les mêmes Pyrénées, début juin, les organisateurs d’un marathon à Tarascon-sur-Ariège sont contraints de modifier le parcours après de nouveaux actes de sabotage. Sur Actu.fr, l’organisateur du trail de Beaucens va plus loin, dénonçant explicitement les « intégristes écolos » comme responsables.
Le 7 juin, un triathlon à Aubusson-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, est à son tour frappé. Des centaines de clous sont retrouvés sur le parcours cycliste. « Ça aurait pu être dramatique », réagit l’organisation. Deux cent cinquante athlètes participaient à l’épreuve.
Le même week-end, c’est au tour de l’Ironman européen de Hambourg d’être visé. Des éclats et copeaux métalliques sont éparpillés sur le circuit vélo, provoquant des crevaisons en série sur plus de cent athlètes. Un concurrent chute et est hospitalisé avec une fracture. Le parquet hambourgeois confie l’enquête à la protection de l’État (Staatsschutz), compétente en matière d’infractions à caractère politique, pour « tentative de coups et blessures dangereux ».
Ces actes s’inscrivent dans un basculement idéologique plus profond. Hier, le balisage des sentiers de montagne était une œuvre de préservation : canaliser les randonneurs et les sportifs sur des chemins balisés, c’était précisément éviter qu’ils ne s’égaillent dans les zones naturelles sensibles. Aujourd’hui, ce même balisage est arraché au nom d’une idéologie du réensauvagement qui entend effacer la présence humaine de certains écosystèmes — y compris sous ses formes les plus anodines, comme le sport de plein air.
Le sport nature devient ainsi la nouvelle frontière de l’action directe radicale : et les organisateurs commencent à l’intégrer comme tel, à l’image du Trail du Saint-Jacques by UTMB en Haute-Loire, où les organisateurs sont désormais obligés d’intégrer la lutte contre le sabotage figure dans la préparation et l’organisation de la course.
L’octogénaire, ses amis anarchistes et la bombe du McDonald’s
Le 26 juillet 2025, peu avant 4 heures du matin, un engin explosif artisanal est déposé devant un McDonald’s de Clermont-Ferrand, accompagné de morceaux d’un drapeau israélien déchiré. Le dispositif, décrit comme perfectionné, redoutable et conçu de manière professionnelle, incorpore une soixantaine de grammes de TNT et 6 mètres de cordeau détonant. Heureusement une défaillance fortuite du détonateur l’empêche d’exploser : les démineurs confirmeront qu’il aurait tué toute personne à proximité et soufflé la devanture de l’immeuble.
Le principal suspect interpellé après dix mois d’enquête n’est pas un djihadiste ni un militant d’ultragauche au profil classique : c’est Ghislain B., 85 ans, ancien photographe de presse. Retraité dans l’Allier, il se réclame de l’anarchisme libertaire sans appartenir à aucun parti.
Il reconnaît les faits, expliquant avoir atteint « un point de saturation » face aux images de Gaza et vouloir « faire une action d’éclat » après l’inefficacité des manifestations pro-palestiniennes. Il confie avoir eu un complice artificier pour fabriquer la bombe.
L’enquête, confiée à la SDAT , remonte jusqu’à un cercle de cinq amis appartenant à la « mouvance anarcho-autonome », certains liés à des anarchistes italiens.
L’un d’eux, quadragénaire sans emploi suspecté d’être l’artificier, se suicide le 7 mai 2026, douze jours avant le coup de filet antiterroriste. Des détonateurs et des précurseurs d’explosifs sont retrouvés à son domicile.
Ghislain B., vient d’être libéré sous contrôle judiciaire en attendant son procès.
Agenda radical
- 13-15 juin | Mobilisation antimilitariste contre le salon Euro-satory
- 21 juin | Marche contre le racisme et l’extrême droite
Le 21 juin 2026, une marche antiraciste et antifasciste est organisée à Paris (Barbès, 14h), dans le prolongement d'un rassemblement tenu le 4 avril à Saint-Denis qui avait réuni plus de 15 000 personnes à l'appel du maire Bally Bagayoko. L'événement est porté par une coalition d'élus de Seine-Saint-Denis (majoritairement LFI, PCF et apparentés), de syndicats (CGT, FSU, Solidaires), d'associations (Attac, LDH, Collectif Adama, MRAP) et de personnalités du monde culturel (Annie Ernaux, Adèle Haenel, Rokhaya Diallo, Médine). Il se réclame de la lutte contre le racisme « systémique », l'extrême droite et les lois « discriminatoires », dans une rhétorique qui croise antiracisme décolonial, féminisme intersectionnel et antifascisme.
- 9 au 12 juillet | Les Soulèvements de la terre appellent à un grand rassemblement contre le projet du Canal Seine Nord dans les Hauts-de-France
- Septembre (date à préciser) | Les Soulèvements de la terre annoncent une action nationale “Désarmons l’industrie des pesticides”
Merci pour l’intérêt que vous portez à cette lettre et aux nouvelles formes de contestation qui traversent notre pays.
Olivier









Merci de ce panorama complet et documenté. Le plus désespérant est l’inertie des politiques pour combattre les ecolosterroristes, les groupuscules d’extrême-gauche et tous ces pseudos antiracistes qui finalement n’ont comme seule ambition que de detruire la société qu’ils ont envahi.