Cinquante-deux jours de canicule, des incendies records, un bilan sanitaire inédit depuis 2003 : sur le papier, l'été 2026 aurait dû sonner comme la revanche de l'écologie politique, la preuve par le réel de tout ce qu'elle annonçait.
Dans les urnes, dans la rue et jusque dans l'opinion, c'est un désaveu qu'il lui a infligé.
Retour sur la saison où la catastrophe, censée convertir les Français, les a au contraire éloignés d'un logiciel écologiste décroissant devenu inaudible
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Olivier Vial
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Le mauvais été des écologistes
« L’été sera chaud. » Cette formule, empruntée à la chanson d’Éric Charden, aurait parfaitement pu résumer la conférence qu’Andreas Malm avait donnée le 30 mars 2024, devant les militants de la France Insoumise. L’été n’est plus seulement la saison des « t-shirts et des maillots ». Il se réjouissait que ce soit désormais avant tout celle des catastrophes climatiques — et donc le moment idéal pour frapper l’opinion en multipliant les sabotages contre le « capitalisme fossile ».
Dans Comment saboter un pipeline (éditions La Fabrique, 2020), le gourou de l’écologie radicale formule ce qu’il appelle la « loi de l’augmentation tendancielle de la réceptivité [de la violence] dans un monde en réchauffement rapide » : plus l’urgence climatique se fait sentir, plus l’opinion publique, selon lui, tolérera — voire réclamera — le passage à l’action radicale. « À six degrés d’augmentation, l’envie de faire sauter des pipelines pourrait bien être à peu près universelle », espérait-il.
Cette thèse n’est que la version la plus radicale d’un espoir partagé bien plus largement par l’ensemble de l’écologie politique française. Des Soulèvements de la Terre à Marine Tondelier, en passant par les rangs de l’écologie parlementaire, tous partageaient, à des degrés divers, la même conviction implicite : la multiplication des catastrophes climatiques finirait par leur donner raison dans les urnes comme dans la rue. Le réel viendrait valider leur diagnostic et convertir l’opinion à leurs solutions.
L’été 2026 vient de leur apporter un cinglant démenti.
La saison qui s’achève restera pourtant comme l’une des plus extrêmes jamais enregistrées en France : 52 jours de vagues de chaleur cumulés depuis la mi-juin, un record absolu ; plus de 119 000 hectares partis en fumée, dont l’incendie de Gironde, le plus dévastateur depuis 1949, qui a nécessité l’évacuation de 220 000 personnes ; jusqu’à 99 départements placés sous restriction d’usage de l’eau fin juillet ; et un bilan sanitaire faisant de 2026 l’été le plus meurtrier depuis la canicule historique de 2003.
Tout cela aurait dû, sur le papier, légitimer le combat et les solutions prônées par les écologistes. C’est exactement l’inverse qui s’est produit : sur le terrain électoral, sur le terrain militant et jusque dans l’adhésion aux idées, ces évènements climatiques ont coïncidé avec un recul généralisé de l’écologie politique.
Les températures montent, les intentions de vote baissent
Le paradoxe commence dans les urnes. Toutes ces catastrophes environnementales n’ont pas permis à la candidature de Marine Tondelier de décoller. Le 5e Baromètre Ifop-Fiducial pour Le Figaro, LCI et Sud Radio, publié le 26 août 2026, ne lui attribue plus que 3 % des intentions de vote au premier tour de la Présidentielle, loin derrière Marine Le Pen, en tête dans toutes les configurations testées avec 33 % à 35 %, et Jean-Luc Mélenchon, en position de se qualifier pour le second tour dans plusieurs hypothèses avec 16 % à 19 %.
En réalité, c’est une érosion électorale continue que subissent les Écologistes depuis 2019. Ils avaient alors atteint 13,48 % aux élections européennes. Depuis, la chute n’a jamais été enrayée — 4,63 % à la présidentielle de 2022, 5,5 % aux européennes de 2024, puis un recul confirmé aux municipales de mars 2026, où le parti n’a conservé que 3 des 8 grandes villes conquises en 2020.
Sept ans après son apogée, l’écologie politique française aborde ainsi l’échéance présidentielle de 2027 dans sa configuration la plus fragile depuis une décennie — et l’été le plus extrême jamais enregistré n’y a strictement rien changé.
Climatisation, les écolos pris à contre-pied
Pire, cela a même aggravé le divorce entre eux et les Français. Les climatiseurs furent le symptôme le plus spectaculaire de ce retournement.
Depuis des années, l’écologie institutionnelle française avait fait de son rejet un marqueur identitaire, au nom du refus de la « mal-adaptation », mais aussi de la sobriété, et de l’aspiration à la décroissance : en 2021, près de six Français sur dix disaient encore préférer « souffrir de la chaleur plutôt que d’installer un climatiseur afin de protéger l’environnement », selon une étude OpinionWay relayée par Le Monde (Le Monde, 19 juin 2026).
Cette doxa a continué à être martelée cet été par les responsables écologistes : Sandrine Rousseau jugeait encore fin juin que « la climatisation reste une mal-adaptation » qui « augmente notre dépense d’énergie ».
D’autres professaient même que la climatisation était un péril pour les thèses écologistes car les canicules constituaient un moyen de faire ressentir concrètement l’urgence climatique.
La sociologue Marlyne Sahakian (Université de Genève), spécialiste de l’accès au confort thermique, défendait, par exemple, dans un entretien à Reporterre (25 juin 2026) l’idée que la climatisation est « un moyen d’évincer le réchauffement climatique du débat », en rendant les canicules vivables à l’intérieur et en désamorçant ainsi le sentiment d’urgence.
Une équipe de l’Université de technologie et de design de Singapour, relayée par Géo en mai 2026 évoquait même une forme d’« isolation comportementale » : plus les ménages parviennent à se rafraîchir efficacement chez eux, moins ils soutiennent les mesures collectives d’atténuation de la chaleur urbaine (Geo, 20 mai 2026). Sic !
Face aux températures extrêmes, les Français n’ont pas vu les choses de la même façon. Ils ont plébiscité la climatisation.
Un sondage Odoxa-Figaro de l’été 2026 a montré que désormais 83 % des Français se disaient favorables à un déploiement plus large de la climatisation face aux vagues de chaleur — sans clivage politique marqué, avec 73 % d’adhésion jusque chez les militants écologistes eux-mêmes (20 Minutes, 17 août 2026). Prise de court, Marine Tondelier a dû opérer un virage embarrassant dès le 22 juin, concédant qu’« il y a des endroits où on ne peut plus se passer de clim », notamment les hôpitaux et les Ehpad.
Mobilisation en berne
Les milieux activistes ont également vu leur audience et leur capacité de mobilisation s’effondrer au moment même où, selon eux, les évènements climatiques leur donnaient raison. Le temps des grandes marches pour le climat initiées en 2015 semble loin. Aucune mobilisation écologiste ces dernières années n’a été capable de rassembler autant que celle du 8 septembre 2018, qui avait réuni jusqu’à 50 000 personnes à Paris selon les organisateurs (18 500 selon la police).
Même, La fresque du climat connaît des difficultés. Cet atelier qui, du CAC 40 aux grandes écoles, avait fait de la pédagogie du GIEC le vecteur d'un imaginaire sobriétaire, voire décroissant — a dû, le 20 juillet 2026, se placer sous la protection du Tribunal des activités économiques de Paris. Son modèle reposait sur un afflux continu de nouveaux ateliers ; or cette dynamique s'est essoufflée, au point de fragiliser toute l'association.
Quant aux Soulèvements de la Terre, qui demeurent l’organisation « écologiste » la plus importante, ils ont également perdu de leur superbe. Le 25 mars 2023, la mobilisation de Sainte-Soline avait réuni entre 25 000 et 30 000 personnes selon les organisateurs (Le Monde, mars 2023). Depuis, la capacité de mobilisation du mouvement s’est effondrée : les chiffres qu’il revendique lui-même pour ses plus grandes opérations de 2025-2026 se comptent en milliers, non plus en dizaines de milliers — 3 500 personnes rassemblées dans le Pas-de-Calais contre le canal Seine-Nord Europe à l’été 2026, après seulement 2 000 manifestants pour un même type d’action en octobre 2025 (Soulèvements de la Terre, communiqués, 2025-2026).
En trois ans, le mouvement est ainsi passé d’un rassemblement de masse capable de mobiliser des dizaines de milliers de militants sur un site unique à une addition de petites mobilisations. Pourtant, dans le même temps, la plateforme de revendication s’est considérablement élargie (Guerre à la guerre, Lutte pour Gaza, décolonialisme, racisme systémique de la police…).
Cette trajectoire illustre un mouvement de fond qui traverse l’ensemble de l’écologie contestataire depuis une décennie. Plus le curseur du combat écologiste s’est déplacé d’une écologie politique, centrée historiquement sur le développement durable et la mise en place de solutions concrètes, vers une écologie anticapitaliste qui subordonne la question environnementale à une critique globale du système économique, plus cette écologie s’est coupée du grand public.
La décroissance en est devenue, au fil des années, la pierre angulaire, le plus petit dénominateur commun de la plupart de ces mouvements, des Soulèvements de la Terre à Extinction Rebellion. Or cette idée n’est pas, et de loin, aussi consensuelle que ses promoteurs ont pu nous le faire croire pendant des années.
Ce que révèlent, année après année, les grandes enquêtes d’opinion
Ce double reflux — électoral et militant — n’est pas un accident conjoncturel : il a été mesuré depuis plusieurs années par l’Obs’COP, une enquête internationale réalisée chaque année par Ipsos BVA pour EDF auprès de 23 500 personnes dans 30 pays.
Et pourtant ces études, malgré leur grand sérieux, sont restées largement confidentielles. Peu de médias ou de chercheurs les ont reprises et commentées. Les données recensées sont d’abord apparues comme contre-intuitives ; à l’opposé du discours écologique dominant.
Premier enseignement : la priorité climatique recule structurellement, y compris quand le réchauffement s’aggrave concrètement. Entre 2019 et 2025, la priorité accordée à l’environnement face à la croissance économique a reculé de 7 points dans le monde, de 9 points en Europe et de 10 points en France (Obs’COP 2025). Le changement climatique, qui occupait la deuxième place des préoccupations mondiales en 2024, est retombé à la quatrième en 2025 — dépassé par la pauvreté, la santé et désormais les conflits armés (Obs’COP 2025). En France, il glisse de la quatrième à la cinquième place, désormais devancé par les conflits armés (+6 points en un an) et talonné par les taxes et impôts (+5 points) (Obs’COP 2025).
Deuxième enseignement, plus contre-intuitif encore : cette relégation en priorité n’est pas due à un scepticisme grandissant, bien au contraire. La réalité du changement climatique n’a jamais fait autant consensus : 91 % des Français la reconnaissent, dont 57 % s’en disent désormais « certains » (+6 points en un an) — un rebond porté par l’expérience vécue, puisque 73 % des Français déclarent avoir été confrontés à une canicule cet été (+12 points) (Obs’COP 2025). Or ce pic de conscience climatique ne s’accompagne d’aucune hausse de l’inquiétude : seuls 29 % des Français se disent « très préoccupés » par le climat, un chiffre rigoureusement stable depuis 2024 (Obs’COP 2025).
Troisième enseignement : ce sont les politiques les plus contraignantes, précisément celles que revendique la mouvance écologique, qui perdent le plus de terrain dans l’opinion, quand les solutions technologiques progressent. Le soutien à l’interdiction des voitures thermiques d’ici 2035 recule de 12 points en quatre ans en France, pour tomber à 29 % (Obs’COP 2025), et l’adhésion au malus écologique perd 9 points depuis 2021, à 49 % (Obs’COP 2025). À l’inverse, le nucléaire retrouve une popularité inédite en France, à 58 % de soutien (+12 points depuis 2021) (Obs’COP 2025), et les pompes à chaleur séduisent grâce à leur double fonction chauffage-climatisation, plébiscitée par 39 % des Français en pleine vague de chaleur (Obs’COP 2025).
Toutefois, le discours antiscience et innovation a infusé en France. Notre pays est celui qui est le moins favorable aux solutions techniques.
Quant à l’image de la jeunesse, celle que les médias ont souvent qualifiée de génération climat, là encore la réalité est loin du discours porté par les mouvements et les influenceurs écologistes. Les travaux du sociologue Yann Le Lann (Université de Lille, collectif Quantité Critique) démentent le mythe d’un bloc générationnel acquis à l’écologie radicale. Au contraire, ils montrent que les 16-30 ans se répartissent en cinq profils très inégaux face au climat : 18 % d’« éco-investis », hostiles au progrès technique et au capitalisme ; 19 % de « modernistes », qui partagent le même niveau de conscience écologique mais placent au contraire une grande confiance dans la science, l’innovation et l’économie de marché pour résoudre la crise ; 39 % de « soutiens distants », conscients mais peu mobilisés ; 19 % d’« indifférents » ; et 6 % d’« opposants ».
Le point clé de cette typologie est que la croyance dans la technologie comme solution n’est pas minoritaire au sein de la jeunesse concernée par l’écologie contrairement à ce que le discours médiatique a souvent laissé entendre : elle est strictement équivalente, en poids, à la défiance anticapitaliste (19 % de part et d’autre).
La radicalité anti-tech n’est que l’une des deux faces, à parts égales, d’une jeunesse écologiquement consciente — l’autre moitié restant ouverte aux réponses technologiques que rejette le corpus théorique de Malm et de la décroissance qui a irrigué une large partie de l’écologie contestataire. Rassurant.
Une prophétie qui s’inverse
L’ensemble de l’écologie politique française pariait sur une même dialectique : plus les catastrophes s’accumulent, plus le réel validerait leur diagnostic et leur donnerait, dans les urnes comme dans la rue, l’ascendant qu’ils espéraient. L’été 2026 raconte le contraire. Sur le terrain électoral, la candidature de Marine Tondelier plafonne à 3 %. Sur le terrain militant, les effectifs mobilisables des Soulèvements de la Terre ont été divisés par près de dix depuis Sainte-Soline. Sur le terrain de l’opinion, l’appétence pour la climatisation a révélé un pragmatisme populaire hermétique au discours de la mal-adaptation et de la décroissance.
Si cet été fut aussi mauvais pour les écologistes, ce n’est pas faute de catastrophes environnementales, mais bien car leur logiciel idéologique est désormais inadapté. Pendant longtemps, l’écologie politique et militante a construit son discours sur la désignation de coupables, la culpabilisation des modes de vie individuels et la dénonciation d’un système à abattre plutôt que sur la production de solutions concrètes et immédiatement applicables. Cet été 2026 suggère que c’est précisément l’inverse qui est désormais attendu par les Français : moins de remontrances, plus de solutions — fussent-elles technologiques, individuelles et, à certains égards, contraires aux dogmes qu’une partie de l’écologie française avait fini par ériger en absolus.
Agenda radical
29 août — marche contre le spécisme à Montpellier
30 août — Gino : rassemblement à Paris, 14 h, place de la Bataille-de-Stalingrad, et à Marseille, 18 h, La Plaine ; suivre les prises de parole et l'éventuel lancement de campagne
20 septembre - Manifestation contre “le permis de tuer”
https://stopauxviolencesdetat.fr/actions/permis-de-tuer
3 octobre 2026 | Les Soulèvements de la terre annoncent une action internationale “Désarmons l’industrie des pesticides”
Voici le teaser de leur mobilisation
Merci pour l’intérêt que vous portez à cette lettre et aux nouvelles formes de contestation qui traversent notre pays.
Olivier Vial











Cet été, c’est surtout la conséquence de l’imbecilité des pseudos écolos dits politiques. Les vrais écolos, ayant reçu une vraie formation technique dans la gestion des aires protégées, dont je suis, on ne les a jamais écoutés.
Seule la technologie permettra à l’humanité de s’adapter au changement climatique et je suis optimiste car l’Homme depuis la nuit des temps a su survivre dans des conditions climatiques extrêmes. Pensez aux hommes préhistoriques et climat extrêmement froid de cette période.